Formation à l’entrepreneuriat pour lutter contre le chômage des jeunes de Saint-Louis

8 décembre 2021

Le chômage structurel au Sénégal est très important. Face à l’ampleur du phénomène, le gouvernement sénégalais met en place des projets et des financements conséquents. Le pays a créé des structures de formations professionnelles et s’est engagé à investir 450 milliards de francs CFA d’ici 2024 dans l’éducation. L’association Pencum Léona-HLM essaie d’apporter sa pierre à l’édifice, en agissant localement avec l’aide de RAP2D. L’objectif principal est de former de futurs restaurateurs, coiffeurs et couturiers à la communication et à la gestion d’entreprise. Ce projet s’est formé pour répondre à une problématique globale présente au Sénégal : l’inactivité d’une grande partie des jeunes.

Rencontre avec les présidents de ces 2 associations : Pape Moussa Sall (Pencum) et M. Mouhadji Diankha (RAP2D).

 

– Une formation à l’indépendance

Les entreprises privées et publiques ne sont pas en mesure d’absorber l’ensemble de jeunes en âge de travailler au Sénégal. Pour Pape Moussa, il faut changer de paradigme et les former à l’entrepreneuriat : « Si vous ne savez pas créer une entreprise, vous allez penser que le salariat est la seule perspective pour vous et être très déçu face au manque d’opportunités. Mais se lancer sans se préparer comporte beaucoup trop de risques. Grâce à la formation, ils doivent comprendre qu’ils sont indépendants et que l’entrepreneuriat est une forme d’auto-construction. »

 

– L’insertion socio-professionnelle des femmes

À Saint-Louis, le taux de chômage des jeunes femmes est largement supérieur à celui des jeunes hommes, les chiffres passent quasiment du simple au double : 17,4 % pour les femmes contre 9,1 % chez les hommes. Pourtant, il peut arriver que ces femmes travaillent dans des structures informelles. Cette formation peut les aider à mieux connaître leurs droits et leurs obligations légales. Comme Pape Moussa l’explique : « Nous leur donnons des outils et nous leur apprenons à se formaliser grâce à des informations sur la chambre consulaire ou la chambre des métiers. Nous leur apprenons à se formaliser et à être reconnues. »

Mouhadji Diankha de RAP2D explique que le mariage précoce des jeunes femmes peut également expliquer ces chiffres. « La question du genre fait pleinement partie du projet. On souhaite renforcer l’autonomie des jeunes femmes qui sont souvent mariées très jeunes. Les parents sont aussi des cibles à sensibiliser. »

Aujourd’hui, le centre forme majoritairement les jeunes filles. Comme Pape Moussa Sall le souligne : « Dans notre projet, il y a 80 à 90 % de femmes. Nous formons beaucoup de femmes parce que jusqu’à présent, au Sénégal, certains métiers sont considérés comme plutôt féminins. Surtout dans les trois secteurs où nous concentrons nos activités : la restauration, la couture et la coiffure. Mais il faut avouer que certaines habitudes socioculturelles peuvent jouer dans le fait que nous formions plus de femmes. Dans les villes, vous verrez beaucoup plus de couturiers que de couturières. Néanmoins, vous verrez plus de femmes que d’hommes se former dans une structure organisée. Les garçons préfèrent apprendre sur le tas plutôt que d’aller dans un centre. »

 

 

– Une formation à l’autopromotion grâce aux réseaux sociaux

Les opportunités du numérique ont été prises en compte dans la création de cette formation. En plus de la partie gestion d’entreprise, certains cours forment les jeunes à la communication. Les habitudes des consommateurs ont beaucoup changé avec cette crise. ”La crise du covid19 a amplifié l’importance de ces outils digitaux. Il n’a pas été très difficile de convaincre ces jeunes d’utiliser ces canaux de communication comme de véritables outils business. Aujourd’hui, ils ont vu ce qu’il se passe avec le commerce en ligne. Certains voient d’autres indépendants vendre grâce à Whatsapp. Avec cette formation, nous montrons qu’ils peuvent se vendre et se rendre beaucoup plus visibles grâce aux réseaux sociaux. Ils doivent comprendre que tous ces réseaux sociaux peuvent servir à autre chose qu’à se divertir.” Pape Moussa Sall.

 

– À propos des associations partenaires

Le Réseau d’Accompagnement des projets de Développement Durable (RAP2D, Mantes-La-Jolie -France) a décidé de soutenir le centre d’apprentissage Pencum Leona-HLM, basé à Saint-Louis, au Sénégal dans la création d’une formation à l’entrepreneuriat. Les deux associations se sont basées sur les 3 piliers du développement durable (un pilier social, économique et écologique) pour co-construire ce projet. Comme l’explique Mouhadji Diankha : “Cette évolution est très palpable dans les projets que nous accompagnons. On ne parle pas de l’un sans l’autre. Les projets doivent être écologiquement soutenables, socialement justes et économiquement viables.”

À travers sa propre expérience de la gestion de projet, RAP2D pourra être d’un grand soutien dans ce nouveau projet. “Dans le cadre du projet MODAL, il y a un transfert de compétences techniques liées à notre expérience. J’ai souhaité faire bénéficier Pencum de nos compétences.” dit Mouhadji.

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