Projet d’orge hydroponique, une culture révolutionnaire au Maroc

8 décembre 2021

Les organisations SENS et AKHIAM ont mis en place un projet innovant d’agriculture d’orge grâce à l’hydroponie dans le village d’Agoudal, au Maroc. L’hydroponie est une technique de culture hors-sol qui utilise des solutions nutritives renouvelées et un substrat minéral ou végétal inerte. Cette culture d’orge permet de nourrir une centaine d’animaux toute l’année. Le projet MODAL va permettre à ces 2 organisations d’installer des panneaux solaires et ainsi, d’éviter une surconsommation d’énergie durant l’hiver.

Rencontre avec Marghine lhou, coordinateur de projet à SENS et OUZANI Hssain, président à AKHIAM.

 

– Cultiver durablement grâce à l’hydroponie

Aujourd’hui, il est nécessaire de limiter les cultures au sol dans la région de Midelt à cause des problèmes d’érosion. Ce projet de culture d’orge hydroponique va dans le bon sens, car il permet de diminuer la pression sur les terres. L’hydroponie est une méthode de culture sans terre sur un substrat inerte et le mélange nutritif utilisé ne contient aucun pesticide. Cette forme de culture permet d’économiser les coûts de production, la quantité d’eau utilisée et les surfaces utilisées.

Comme l’explique Marghine, « Depuis des années, les populations ont attaqué la couverture végétale et elles utilisent le déboisement massif pour faire face à leurs besoins en cuisine et en chauffage. Les montagnes sont devenues très accidentées et manquent de couverture végétale. À chaque pluie, les surfaces des cultures agricoles sont inondées. Avec l’érosion des sols, des petits cailloux tombent sur les cultures et détruisent les terrains agricoles. Ce sont des pertes énormes estimées à 200 000 euros de pommes de terre et de céréales. »

L’organisation AKHIAM a installé ce projet de culture hydroponique en 2017 mais elle a très vite constaté les problèmes liés à la consommation d’énergie. Le projet MODAL va leur permettre d’installer des panneaux solaires. « Nous avons eu des obstacles techniques qui ont retardé le projet mais ce sont surtout les factures d’électricité très élevées qui nous empêchaient d’être rentables. » Hssain Ouzani.

 

 

– Une ferme qui crée de l’emploi

La commune de BOUZMOU, village de mise en œuvre du projet, affiche un taux de pauvreté de 43 %. Dans la région, les taux d’alphabétisation sont très faibles. En moyenne, le taux d’analphabétisme tourne autour de 77,7 %, mais les chiffres montent à 90 % pour les femmes. Les perspectives d’emploi des femmes dans la région sont très limitées. Ce projet permet d’employer 7 femmes qui travaillent directement dans la coopérative. L’unité de production va alimenter les marchés locaux en viandes et créer d’autres emplois notamment pour les bouchers, vendeurs d’orge, transporteurs…

 

– Inspirer et sensibiliser à une forme de culture alternative

Pour Marghine lhou, ce projet peut réellement inspirer la création d’autres structures de ce type: “Utilisée à grande échelle, cette forme de culture peut être une solution pour lutter contre l’élevage extensible et le déboisement de la nature». Les autorités publiques marocaines encouragent également l’utilisation de formes de cultures alternatives et durables. Dans le plan Maroc Vert, le gouvernement met en avant les innovations techniques et organisationnelles pour améliorer la productivité des cultures.

Comme l’explique Marghine lhou, « à Agadir, beaucoup de projets d’hydroponie sont mis en place par le gouvernement et ils fonctionnent très bien. C’est une forme de culture révolutionnaire pour nos régions ». Hssain souligne que les personnes de la région commencent vraiment à être sensibilisées. « Il existe une demande des populations et des éleveurs pour l’installation de ces unités». Grâce à ce projet pilote, les deux organisations espèrent continuer à sensibiliser et à inspirer les agriculteurs de la région.

 

– À propos des organisations partenaires

L’organisation SENS (Solidarité Échange Nord-Sud) est le partenaire privilégié d’AKHIAM depuis 2004. AKHIAM est une ONG active dans les domaines de la culture, la santé et l’agriculture au Maroc. Elle promeut aussi le développement des femmes et de la jeunesse. SENS est une organisation de solidarité et d’échange Nord-Sud qui soutient et met en œuvre des projets, tout en organisant des chantiers d’échanges avec la jeunesse.

Pour Hssain Ouzani de SENS, le partenariat s’est toujours très bien déroulé. « Parfois, les partenaires du Nord exigent une intervention dans des domaines spécifiques alors que les besoins des populations du Sud sont totalement différents. Pour que l’intervention soit pertinente, il faut adopter une approche participative pour classer les priorités et déterminer les axes d’intervention. Mais notre expérience avec SENS est très positive, car ils nous font confiance et ils connaissent le terrain».

 

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