Sommet Afrique-UE : La diaspora africaine, un partenaire sous-utilisé dans la coopération Afrique-Europe

28 février 2022

La semaine Afrique-Europe a été organisée du 14 au 18 février par le biais de rassemblements en ligne et physiques, à Bruxelles. La semaine comprenait le très attendu 6e sommet Union africaine – Union européenne, qui a été dès le départ au centre de l’attention, la dernière édition ayant eu lieu en 2017. Reportée plusieurs fois pour diverses raisons, comme notamment la pandémie de COVID-19, cette rencontre devait annoncer la réforme des relations entre l’Europe et les pays africains.Ci-dessous le résumé de la participation d’ADEPT à cette semaine.

Quel était l’enjeu ?

L’intérêt renouvelé et accru de divers autres partenaires pour le continent africain a récemment changé la réalité de la relation entre les pays africains et l’Europe. C’est dans ce contexte que les deux parties ont décidé de se rencontrer afin de « réinitialiser » leur coopération et aborder des thématiques essentielles telles que la santé, les investissements et le financement de la croissance, la paix et la sécurité, ainsi que le changement climatique, sans oublier le COVID-19 et la question migratoire, sur lesquelles une grande partie de l’attention est aujourd’hui portée. Pour les pays africains, il était essentiel de discuter du changement nécessaire d’une coopération asymétrique basée sur la logique de l’aide vers une dynamique d’investissement sur le continent. De son côté, l’Union européenne avait notamment pour enjeu de convaincre les parties africaines de sa fiabilité, face aux autres parties prenantes qui courtisent le continent. Après s’être senties « oubliées » en 2017 à Abidjan, les organisations de la société civile, et notamment les organisations représentant la diaspora, avaient également fait savoir qu’elles souhaitaient être entendues lors du sommet.

Au plus fort de la pandémie ravageuse du COVID-19, la diaspora africaine a montré sa force en tant que bloc collectif porté par son devoir moral de « ne laisser personne derrière » et de proposer des solutions basées sur la réalité de ses pays d’origine. L’enjeu pour ADEPT était de faire entendre cette voix pour que les deux parties considèrent enfin la diaspora africaine comme un intermédiaire à tous les niveaux du partenariat.

Le déroulement de la semaine Afrique-UE

Les jours précédant le sommet, des politiciens, des organisations de la société civile, des représentants d’entreprises privées et des ONG se sont engagés sur une plateforme en ligne, sur des questions d’actualité. La plateforme de jeunesse African Diaspora Youth Forum in Europe (ADYFE) avait donné le ton, invitée par les jeunes de la diaspora représentés au sein de l’Union africaine pour discuter de l’éducation, des compétences et de l’innovation des jeunes sur les deux continents. ADEPT s’est particulièrement impliquée dans la journée du 15 février, M. Yera Dembele, président de FEASO et trésorier d’ADEPT, a transmis son expertise sur le poids économique des migrants lors de la Session 5: La migration comme force de développement entre l’Afrique et l’Europe. M. Mbemba Jabbi, Directeur exécutif d’Africa Centre Ireland et administrateur a partagé son expérience en matière d’intégration sociale des migrants ainsi des projets de subsistance en Gambie lors de la Session 9: Assurer la dignité et les droits de l’homme des personnes en déplacement. Enfin, M. Alexis Neuberg, président de Radio Afrika TVet d’ADEPT, a eu l’occasion de clôturer la journée. Dans un discours engagé, il a insisté sur l’importance de la diaspora comme pont incontournable dans le partenariat Afrique-UE. Une présence réussie de la diaspora africaine dans ce forum.

Résultats essentiels du sommet

Les 17 et 18 février, les dirigeants africains et européens se sont réunis pour entendre les conclusions des différents acteurs discutés les jours précédents et pour finaliser un accord commun. Autant la diaspora africaine était visible lors des discussions de la société civile et des autorités locales, autant elle était invisible lors du sommet. La brève déclaration commune mentionne ces grands accords notamment le paquetd’investissements afin de stimuler les investissements publics et privés appelé « Global Gateway » , le soutien de 100 millions d’euros à l’Agence africaine des médicaments sur 5 ans et la fourniture de 450 millions de vaccins à l’Afrique d’ici mi-2022. Toutefois, en ce qui concerne la question migratoire, il s’agit d’un vague accord visant à renforcer les voies légales. Aucune solution concrète n’est mentionnée. Une observation décevante est l’absence de la diaspora africaine dans la déclaration commepartie prenante. Le rôle essentiel que joue la diaspora en tant que bloc collectif est encore trop souvent négligé par l’Union africaine et européenne.

Et après ?

Compte tenu de la situation politico-économique et sanitaire récente sur l’ensemble du continent africain, ADEPT continuera d’exhorter l’Union africaine et européenne à inclure la diaspora africaine à tous les niveaux du partenariat. Cependant, avec des pays comme le Sénégal et la France à la tête de ces entités, des opportunités concrètes peuvent être élaborées. Par conséquent, elle recommande de mettre l’accent sur les points de travail suivants :

Migration et développement

ADEPT réitère que ce ne sont pas des lois migratoires plus strictes, poussées par le réalisme européen, qui réduiront l’expansion des flux migratoires mais plutôt des investissements concrets et corrects sur le continent africain et surtout en utilisant les réseaux de la diaspora qui travaille et vit à l’intérieur des frontières de l’Union européenne. La migration circulaire et les programmes de mobilité à double sens devraient être encouragés, sécurisés et, le cas échéant, intensifiés par le biais du développement d’accords de jumelage entre les institutions universitaires ou de santé, par exemple. À cet égard, les diasporas devraient être largement mobilisées pour qu’elles puissent transmettre les compétences, les connaissances et l’expérience acquises dans les pays de résidence. Pour conclure, l’épidémie de coronavirus a mis en évidence le rôle crucial joué par les travailleurs migrants et les personnes issues de l’immigration pendant la pandémie.

Fonds pour la diaspora africaine

L’impact financier du continent africain a été prouvé à plusieurs reprises. Comme l’indiquent les rapports du CIAN sur les diasporas africaines, publiés en janvier 2019, « les fonds envoyés par la diaspora représentent trois fois plus que l’aide officielle au développement fournie, et sont plus stables que les investissements directs étrangers (IDE). » Même pendant la pandémie du COVID-19, les envois de fonds des diasporas africaines se sont maintenus, comme le note l’organisation de diaspora Shabaka dans son rapport  » Étude cartographique sur le rôle et les visages de l’humanitaire de la diaspora africaine pendant le COVID-19  » (Union africaine Shabaka GIZ, 2021). Cependant, pour créer et maintenir des projets durables qui emploient des personnes, des fonds doivent être investis dans les organisations de la diaspora. Comprenant la situation dans le pays d’origine (et y étant liées), les organisations de la diaspora sont des acteurs clés du développement local. Il convient de noter qu’elles sont également à égalité avec les ONG internationales à bien des égards pour ce qui est de l’aide aux migrants en Europe (Union africaine, Shabaka et GIZ, 2021).

Réponse humanitaire

ADEPT réitère sa position exprimée dans la note d’orientation sur l’humanitaire de la diaspora africaine publiée le 19 août 2021, dans laquelle il est indiqué que les diasporas africaines sont des acteurs humanitaires clés et des parties prenantes de la réponse humanitaire, complétant et comblant souvent les lacunes laissées par les partenaires humanitaires institutionnels. À cet égard, les diasporas interviennent à tous les stades du lien entre l’humanitaire, le développement et la paix, depuis le renforcement de la résilience avant la crise jusqu’au redressement et à la reconstruction après la crise, en passant par les interventions d’urgence. Pour renforcer l’impact des humanitaires de la diaspora, la coordination avec les agences humanitaires et les ONG « traditionnelles » devrait être renforcée. Ces dernières devraient prendre en considération les stratégies utilisées par les humanitaires de la diaspora telles que « l’agenda de localisation », qui vise à accroître le rôle – et les ressources allouées – des organisations de la société civile locales impliquées dans la réponse humanitaire (ADEPT & Shabaka, 2021).

Une implication accrue de la diaspora en tant que médiateur

La situation politique récente dans plusieurs pays du continent, principalement d’Afrique de l’Ouest, renforce l’appel qui résonne depuis plusieurs années en faveur de l’inclusion de la diaspora comme médiateur dans le processus démocratique. Ces dernières années, les gouvernements africains se sont ouverts à leurs diasporas. Cependant, la plupart de ces relations se sont déroulées sur le plan économique. En tant qu’acteurs, les diasporas pourraient être utilisées car elles comprennent les contextes locaux dans leurs pays d’origine respectifs bien mieux que d’autres acteurs externes. En outre, en raison de son exposition aux transactions et pratiques politiques démocratiques, la diaspora africaine est en mesure d’introduire de nouvelles façons de relever les défis politiques dans les pays d’origine. Enfin, la diaspora africaine établie en Europe est mieux placée pour mobiliser des ressources financières substantielles, des réseaux transnationaux étendus, des forces internationales puissantes et des connexions politiques à l’échelle mondiale (International IDEA, 2009).

Sources

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